Thursday, 17 October 2013

Un Entretien avec Catherine Breillat

En ville pour promouvoir son nouveau film, « Abus de Faiblesse », on a parlé avec la femme derrière des films comme « Romance X », « Anatomie de l'Enfer » et « À Ma Sœur ! » pour tout savoir au sujet de son nouveau film. Click here for the interview in English.


Pourquoi avez-vous choisi Isabelle Huppert pour le rôle de Maud ?

Parce que des actrices françaises, elle est quand même une des plus intelligentes, mais surtout une des plus intellectuelles – ce qui est pas la même chose qu’intelligente - et que j’ai voulu quand même vraiment le film, c’est aussi l’intellectuelle et la brute… quand même ça, le film. Ce choc entre une culture et une autre culture ; un corps brisé et un corps ne seulement très sain mais très physique. C’est pour ça que je voulais un corps de rappeur.

En termes de ça, pourquoi avez-vous choisi une actrice très connue ?

Vous savez, c’est très facile de trouver des jeunes filles qui jouent bien… enfin, déjà c’est beaucoup plus dur de trouver des jeunes garçon qui jouent bien. C’est curieux mais c’est comme ça.

Pourquoi ?

Parce que je pense qu’ils sont plus timides que les rôles de garçon je fais… ils les prennent très souvent contre eux, et puis, manipuler et exprimer ses sentiments devant une femme… c’est plus difficile, en plus, de sentiments très amoureux ou sexuels pour un garçon que pour une fille. Il y a quand même des raisons… et des jeunes filles… j’en vois beaucoup avant d’en trouver une. J’en ai vu deux cents… des actrices plus âgées… et ça se trouve pas.

Et le rappeur, Kool Shen ?

J’ai demandé à mon assistant de trouver son téléphone…

Vous l’avez vu à la télé ?

Non. Je me disais que je voulais un rappeur. Je voulais un corps de rappeur parce qu’il y a cette brutalité. Les jeunes rappeurs, ils sont évidemment pas le personnage, donc je me suis souvenue… j’ai quand même regardé IAM, Akhenaton… j’ai voulu voir comment il était, mais j’ai choisi Kool Shen. Mais j’ai regardé sur l’internet pour trouver lequel des rappeurs que je connaissais… et des vieux rappeurs je n’ai jamais écouté leur musique et ils n’ont jamais vu mes films. C’est bien la rencontre idéale de l’intellectuelle et la brute ! C’est la rencontre idéale.

Leur groupe s’appelle Nique Ta Mère, « Fuck Your Mother ». JoeyStarr, c’est le deuxième. C’est un groupe mythique, le premier groupe de rap, très, très, très violent. Après j’ai quand même écouté n’en pas la musique mais les paroles qu’il écrivait – il écrit bien. C’est pas un con d’ailleurs. C’est loin d’être un con. Il est très, très, très, très intelligent. Ça se voit pas. Mais il a eu une intelligence, mais supérieure. Ça je m’attendais pas du tout.

Mais on dit que le rap est un peu comme la poésie…

Ah, bah oui, ce qu’il écrit est formidable – un violence extrême parce qu’il parle du contraire de moi finalement.

Oui, c’est un peu macho, non ?

Oui, mais moi, Il y a des trucs que j’écris qui sont complètement machos {elle dit en ricanant} ! Dans le cinéma je suis parfois très macho. Moi, J’écris très souvent à la première personne de l’homme parce que moi, je me connais, les femmes je les connais, l’homme je ne le connais pas. Donc j’écris à sa personne à lui pour rentrer dans sa peau et le connaître. Mais oui.

Si je ne me trompe pas, vous avez une petite apparition dans le film…

Oui, je passe ! {Son visage s’illumine}

Est-ce que c’était une expérience cathartique pour vous ?

Non, j’ai décidé au dernier moment parce que en même temps c’est un stade que doit passer Maude qu’on ne voit pas. Celui on commence à marcher avec cette canne comme ça, parce que quand même la vraie histoire d’abus de faiblesse, elle commence après. Donc ça je l’ai fait assez vite. On a trouvé que c’était bien qu’elle s’en aille comme ça… comme une ombre dans son fauteuil roulant et que la croise, ce qu’elle va être plus tard dans sa rééducation… et ensuite elle va avoir une canne comme moi. C’est ça la rééducation. C’est tous les trucs. C’est vrai que c’est un « private joke », un peu comme Hitchcock pour le coup {elle dit en ricanant}… et c’est aussi que je passe le témoin à l’actrice.

Pourquoi le besoin pour le film quand il y a déjà un livre ?

Premièrement, j’avais besoin d’argent {elle rit}… et alors urgemment. Deuxièmement, j’ai toujours écrit des livres, et alors c’est vrai que les livres j’avais… je n’y comprenais rien à cette histoire, j’étais perdu, comme la dernière scène du film ou elle dit « c’est moi mais c’est pas moi ». Mais oui ! Oui, c’est moi, parce que j’ai fait, j’ai fait, j’ai fait… mais c’est pas moi. C’est pas moi parce que non. C’est impossible que ça soit moi, voilà. Donc ça on peut le montrer. Le livre ne va pas du tout jusqu’à là. Il peut montrer au cinéma... il peut montrer aussi cette ambiguïté au cinéma qu’il n’y a pas dans le livre.

 Et maintenant, est-ce que vos sentiments sont pareils ?

Non, c’est toujours moi mais c’est pas moi. Mais je ne suis pas en larmes parce que j’ai pris du recul. Par contre c’est moi qui lutte pour avoir de l’argent au jour le jour, mais celle qui a fait ça… c’est pas moi. Mais moi, dans ma vie maintenant, je suis revenue metteur en scène, je fais des choses alors que voilà. Donc je suis moi, parce que je fais ce que je suis, mais à ce moment là je n’étais pas moi. Par contre j’en subis des conséquences de manière épouvantable ; tous les jours je devrais me suicider pour tout dire… n’importe qui à ma place. Je vous jure ! J’ai tout ce qu’il faut pour me suicider en plus. J’ai tous les moyens parce que je suis bourrée de médicament. Mais qu’est-ce que vous voulez ? Moi, je trouve qu’il faut tout vivre jusqu’à la dernière extrémité ; la vie me suicide toute seule… alors bon. Il y a deux choses que je vivrais pas : être dépendante totalement physiquement - qui quand même risque de ne pas tarder – et, être jeter à la porte de chez moi. Ça non. Donc voilà. Pour l’instant j’essaye de faire des films et continuer… et puis voilà.

Le film s’appelle « Abus de Faiblesse » mais Maud est assez forte…

Oui, mais « abus de faiblesse » est une qualification juridique. Moi, J’ai porté plainte. Le personnage original a été condamné pour abus de faiblesse. L’abus de faiblesse, ça n’est pas de ne pas être fort mentalement. Ça peut être physique. Une femme enceinte est considérée déjà plus manipulable émotionnellement, et puis il faut que la personne qui va être le coupable par des manouvres répétés et de manipulation obtient une personne de faire ce qui est entièrement contraire à son intérêt. Voilà ce qui est un abus de faiblesse. Ça n’empêche pas quelqu’un d’être très fort… et moi, plus que tout le monde. Personne jamais en France, d’adulte, n’a porté elle-même plainte – d’habitude c’est la famille. On a fait dans le même temps 3 films, 2 livres... c‘est pour ça que lui, il était sur qu’il aurait un non-lieu. C’est une jurisprudence absolue ! Ça n’est jamais arrivé.

Mais il y a beaucoup, beaucoup de médicament ! Ça rend assez euphorique. Ça vous fait faire des choses dont on ne réalise pas et dont on se souvient pas… et dans le même temps je faisais des films. Mais quand je fais des films, d’abord les gens ne me veulent pas du mal, ceux qui m’entourent. Ils me veulent du bien. Ils m’aident complètement physiquement. Je suis complètement assister. Là j’ai un assistant et il ne veut pas que je tombe. Il y a toujours quelqu’un qui me tient la main, qui m’aide à couper ma viande, des trucs comme ça… même m’aide à m’habiller le matin, parce que c’est pas que je ne peux pas le faire toute seule, mais ça demande de la concentration. Tout le monde a quand même un potentiel de concentration dans la journée qui est tout de même limité après on tombe de fatigue… et un film, c’est beaucoup, beaucoup, beaucoup de concentration. C’est aussi pour ça qu’on m’aide tout le temps. Donc c’est très facile de faire des films. C’est très difficile de vivre seule, et donc on peut être le poids de quelqu’un qui vous aide à vivre seule.

Vos films sont liés à la sexualité, et dans ce film il y a un moment quand on se demande si il y aura un rapport sexuel entre les deux personnages mais il n’y a pas. Vous parlez aussi du pouvoir de la femme… est-ce que c’est pourquoi rien s’est passé entre eux ? C’était le choix de la femme ?

C’est très, très ambigu. Pour tout vous dire, si je me réfère à ma propre, propre histoire, je me suis toujours demandé si il voulait ou pas {elle rit}… quand même Il fait quand même des trucs. Je me suis toujours demandé. Pour moi c’est exclu déjà avec un potentiel acteur. C’est exclu, alors totalement. Après oui, mais pas avant !

Certains disent que ce film est le plus personnel que vous avez jamais tourné. Est-ce que vous êtes d’accord avec ça ?

« Sex is Comedy » est aussi personnel.

Tous vos films ont une partie intime de vous alors ?

Oui, tous mes films il y a une énorme partie intime, autobiographique etc.. Souvent je mélange aussi avec des faits divers pour l’histoire, et aussi mes propres fantasmes – j’adore la peinture donc ça m’inspire beaucoup…

Finalement, qu’est ce que vous allez faire prochainement… un autre conte fées?

Je voulais faire « La Belle et La Bête » parce que c’est un de mes fantasmes.

L’intellectuelle et la brute…

Oui !

FG

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