Monday, 2 December 2013

Un Entretien avec Moby

Découvrez l'interview qu'on a fait avec Moby quand on était stagiaires, qui était en ville pour promouvoir son nouvel album, Wait for Me. Cliquez ici pour l'entretien en anglais. (R.I.P. screenrush.co.uk)

Comment êtes-vous devenu ami avec David Lynch, qui a signé le clip du premier single de votre nouvel album ?
David Lynch est l'un de mes réalisateurs américains préférés de tous les temps. En plus d'être fan de ses films, j'ai toujours apprécié son processus de création, car s'y côtoient des éléments conventionnels et des choses très expérimentales et singulières. On est devenus amis il y a deux ans, et on a réalisé quelques projets ensemble. Puis vint pour moi le moment de sortir le premier single de mon album. Habituellement, pour un artiste bien établi chez une grande maison de disques, le premier single est le plus commercial. Mais comme je suis actuellement un artiste indépendant, j'ai voulu que le premier morceau soit le moins commercial que j'ai jamais fait sortir. J'ai donc choisi Shot In the Back of the Head. C'est un instrumental bizarre qui ne peut être diffusé à la radio. Je l'ai envoyé à David Lynch en lui demandant s'il avait des images qui traînaient. Cinq jours après, il m'a envoyé le clip, qu'il a animé lui-même, et ça a chatouillé mon vieux côté punk-rocker – l'idée d'avoir un premier single qui ne peut être diffusé à la radio et un premier clip qui ne peut être diffusé sur MTV !

Êtes-vous fan d'autres réalisateurs, compositeurs, ou de leurs musiques de film ?

J'ai travaillé pour beaucoup de réalisateurs différents : Michael Mann, Oliver Stone... Certains sont prêt à expérimenter des choses nouvelles avec la musique, et le résultat est souvent intéressant. Je pense que Michael Mann s'oblige vraiment à utiliser des musiques intéressantes, de façon non conventionnelle. Lui et Oliver Stone sont très ouverts de ce point de vue. Les réalisateurs qui ne m'intéressent pas sont ceux qui utilisent la musique en suivant les règles. En fait, j'ai du mal à comprendre pourquoi ces derniers demandent des musiques originales, puisqu'au final cela sonne toujours pareil. En 1973, ils auraient dû enregistrer cinq heures de musique et les sauvegarder ! Il y a de la musique joyeuse, de la musique triste, de la musique effrayante... Mais de temps en temps, la musique d'un film lui devient consubstantielle, la musique et le film sont inspérables, et elle est plus stimulante. C'est le cas pour Blade Runner ou Le Parrain. Quand Francis Ford Coppola tournait Le Parrain, la Paramount, je crois, a essayé de renvoyer le compositeur – ils pensaient que la musique était trop ethnique, trop sombre. Mais ils ont aussi pensé à remplacer Al Pacino par Robert Redford... En vain, heureusement.

Quels sont vos réalisateurs préférés ?

Hormis David Lynch, mon réalisateur préféré est Takeshi Kitano. J'adore ses films, ils sont incroyables. Danny Boyle devient un réalisateur très intéressant. Mais pour Slumdog Millionaire, c'est bizarre... J'ai trouvé que le travail fait dessus était phénoménal, mais je n'ai pas tellement aimé le film lui-même. J'ai seulement éprouvé de l'admiration pour l'auteur qu'il est devenu, parce que quand il a commencé, j'avais l'impression qu'il était une sorte de savant en pleine expérimentation, qu'il ne savait pas très bien ce qu'il faisait. Mais maintenant, il a l'air d'avoir pris confiance en lui comme réalisateur. Je m'intéresse beaucoup à ce qu'il va faire prochainement, car il peut faire ce qu'il veut. Et puis avec la franchise 28 jours plus tard et 28 semaines plus tard, il est devenu quelqu'un qui peut trouver des financements pour faire un film. Sa prochaine réalisation sera soit confuse et commerciale, soit phénoménale et passionnante.

Plus on rapporte d'argent, plus on a de libertés ?

C'est un compromis. Si on a du succès, cela suscite beaucoup de pression, de confusion. Il y a des gens qui savent très bien gérer cela – les gens qui veulent obtenir du succès et qui ensuite savent quoi en faire. Moi, je n'ai jamais anticipé le succès, donc quand mes disques ont commencé à cartonner, j'étais paumé. C'est bien d'avoir des auditeurs, mais quand on cherche le succès, il faut trouver un compromis, et à ce moment de ma vie, ce n'est pas que je ne voulais pas l'obtenir, mais ce n'était pas mon point fort, contrairement à d'autres.

Vos chansons ont été utilisées dans plusieurs films, comme "Porcelain" pour "La Plage" de Danny Boyle...

C'est tiré de l'album Play. Quand cet album est sorti, ce fut un échec. Peu d'exemplaires vendus, les critiques étaient mauvaises, et personne n'est venu aux concerts. Puis certaines choses ont amené un public plus large à ma musique, dont Porcelain et La Plage. Le film n'a pas été un si grand succès au final, mais à ce que je sais, c'était le premier grand film de Danny Boyle après Trainspotting et le premier film de Leonardo DiCaprio après Titanic, donc quand il est sorti, tout le monde est allé le voir. Porcelain était un élément essentiel du film et esthétiquement, ça marchait très bien. Plus égoïstement, cela a aussi empêché l'album de tomber dans l'oubli. J'ai eu de la chance.

Vous avez aussi travaillé sur le James Bond "Demain Ne Meurt Jamais"...

À vrai dire, je n'ai jamais été très fan de James Bond. J'ai vu tous les James Bond, mais je suis davantage fan de Star Trek et de SF. Une de mes plus grandes déceptions reste le fait que J.J. Abrams a failli utiliser une de mes chansons dans le nouveau Star Trek... En tant que "sci-fi geek", j'aurais juste adoré, mais au final ça ne s'est pas fait. Pour ce qui est de James Bond, le thème original est parfait. C'était une mauvaise idée de le refaire, donc je n'étais pas très content de ma version de la chanson.

Êtes-vous fan de cinéma européen, et plus particulièrement de cinéma français ?

Le cinéma français est particulièrement remarquable, parce que je n'arrive pas à savoir ce qu'il dit du caractère de ce pays. L'industrie du film d'un pays reflète vraiment son caractère, et quand je regarde le film français, je me demande ce que cela dit de la France, car quelques films français sont très perturbants, comme Baise-moi – il me faut des antidépresseurs ensuite. Mais une chose que j'apprécie dans le cinéma français, c'est sa volonté de faire réellement de l'art, d'accomplir une production intellectuelle. C'est assez impressionnant de voir que même un réalisateur comme Luc Besson, qui a beaucoup de succès, tourne toujours des films comme Leon, un blockbuster qui a fait un carton, mais qui avait quelque chose d'étrange. Même pour ce qui est des grosses productions comme celles-là, les films français sont toujours un petit peu différents. La manière française, à mon avis, peut surtout se comparer à celle du cinéma de Hong Kong, au sens où on y retrouve une convention qui a du sens, mais aussi des éléments singuliers, déconcertants, au bon sens du terme.

Souteniez-vous des films à Cannes ?

Le truc avec Sundance et Cannes, c'est qu'il n'y a plus de films indépendants. Quand on voit qu'un nouveau film de Jim Carrey est dévoilé à Sundance, on comprend que quelque chose va de travers ! Donc, c'est ce qui fait qu'on s'intéresse aux festivals de Tribeca, de Berlin, ceux qui sont restés fidèles au film indépendant. Je comprends que les gens qui dirigent Sundance et Cannes se doivent d'avoir de grands films pour continuer à faire venir les vedettes, la presse et l'argent, mais je m'intéresse personnellement aux festivals qui soutiennent le film indépendant.

FG & MP (pour AlloCiné)

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